15 février 2022

Actualités

Réforme du lycée et mathématiques : Prise de parole !

Depuis la fin du mois de janvier, le ministère tente de communiquer sur les bienfaits de la réforme du lycée. Le débat a essayé de se concentrer sur les choix de spécialités faits par les élèves et particulièrement sur la place des mathématiques dans l’enseignement secondaire. Cette séquence d’auto-satisfaction, censée fournir une sortie honorable à un ministre embourbé dans sa gestion très « évolutive » de la crise sanitaire dans nos établissements, a permis au contraire de mettre en lumière les graves conséquences de cette réforme.

De Cédric Villani, naguère caution scientifique du ministre, en voie de repentance, à Jean-Pierre Bourguignon qui juge très durement les effets de la réforme du lycée sur l’enseignement des maths, en passant par la communication ministérielle qui utilise des données volontairement biaisées bien recadrée par l’Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public et le SNES-FSU, la partie semble se diriger vers un retentissant échec et mat !

Nous ne pouvons que nous réjouir qu’une actualité autre que sanitaire soit possible. Mais, même si une seule discipline (les mathématiques) est mise en avant, nous ne pouvons la détacher d’une réforme systémique néfaste pour nos élèves. Il faut sans cesse rappeler que sous couvert de libre choix elle est profondément inégalitaire. Que l’éclatement du groupe classe permet d’augmenter les effectifs … et que cela tombe à pic pour supprimer des postes … voire pour ne pas recruter dans des disciplines où le faible niveau de rémunération ne joue pas en faveur de l’attractivité de nos professions !!

Nous avions prédit et dénoncé ses travers, pointé son caractère précipité (2nde et 1re générales modifiées la même année !) justifié par l’échéance présidentielle, mis en garde contre la concurrence entre les disciplines et la disparition des options, fait le lien avec la dénaturation du baccalauréat. Nos analyses sont rejointes par les constats que nous pouvons faire au quotidien dans nos classes. Inversement, l’auto-satisfaction ministérielle peine de plus en plus à imposer sa réalité « alternative » si éloignée de la celle vécue par les personnels et les élèves.

Nous savons que les mathématiques ne sont que la partie émergée de l’iceberg.
Ce sont bien les réformes du lycée et du baccalauréat qu’il faut remettre à plat.
Il faut continuer à se mobiliser pour y arriver !

A la suite du mail à la profession envoyé le 25 janvier, une collègue de mathématiques nous a fait parvenir un texte que nous reproduisons ci-dessous.
Les retours du terrain sont irremplaçables !

Mercredi dernier, le 26 janvier, alors que je consultais ma messagerie académique, j’ouvre un mail au titre attractif : « Extension au collège du Plan mathématiques et accompagnement renforcé au lycée ». Je pense alors « chouette on va peut-être nous permettre de travailler les mathématiques au collège dans de meilleures conditions ». Je commence à lire l’article et je me retrouve dans un univers parallèle, je ne comprends pas. Ce que je lis dans cet article ne correspond pas à la réalité, à ce que j’observe au quotidien. Je m’empresse alors de regarder qui m’a envoyé ce message insensé, espérant que ce ne soient pas nos inspecteurs de Mathématiques… Il s’agissait de Edouard Geffray, directeur général de l’enseignement scolaire. Je dois avouer que je ne connais pas cette personne et j’ignore à quoi sert sa fonction. Je me tourne alors vers la liste de diffusion et je m’aperçois que ce message est bel et bien adressé aux professeurs de Mathématiques. Je suis estomaquée, comment peut-on penser que l’on peut faire croire de telles aberrations aux personnes directement concernées au quotidien ? M. Geffray pense vraiment que les professeurs de Mathématiques ne savent pas compter et peuvent être manipulés de la sorte. Est-ce une nouvelle façon de montrer du mépris envers notre profession ou évoque-t-il un sujet auquel il n’entend pas grand-chose ?

Je vais revenir sur la phrase la plus marquante à mes yeux :

«  Au lycée, la création de l’enseignement de spécialité mathématiques en voie générale, rénové et renforcé, ainsi que d’un tronc commun de mathématiques de 3h en voie technologique, commence à porter ses fruits et permet aux élèves d’avoir des profils variés en mathématiques. »
Celle-ci est quand même exceptionnelle. Les élèves ont des profils plus variés en mathématiques. Il fallait oser. Avant la réforme, en classe de première générale, il y avait un programme différent en mathématiques en L-ES et en S. Aujourd’hui, en première il n’y a plus qu’une seule spécialité mathématiques de 4h avec de fortes exigences et donc accessible à une minorité des élèves. En terminale, on trouve davantage d’options mais les mathématiques complémentaires ou expertes ne sont pas enseignées dans tous les lycées. Ces options n’ouvrent pas un parcours plus varié avec autrefois 2 filières d’enseignement général différent auxquelles s’ajoutait une spécialité Maths en terminale S.
On est loin des différentiations de parcours du rapport Villani-Torossian sur lequel on ne cesse de s’appuyer. En voici un extrait très significatif à mes yeux : « Ainsi ces enseignements (modélisation, statistiques, mathématiques discrètes voire géométrie) sont parfaitement adaptés à une conception modulaire du lycée et peuvent faire l’objet d’un enseignement de base, avec des entrées de niveau différent et permettant une véritable souplesse en termes d’acquis. En effet, un découpage en années (module I –module II) bien pensé devrait permettre de découpler ces modules des niveaux première ou
terminale, voire seconde. L’aspect cumulatif des mathématiques engendrant bien souvent
l’échec à répétition, il serait intéressant de permettre à des élèves de terminale de suivre un
module de type I. Cette offre s’articule clairement avec la mesure M9 [Réconciliation]. » Varier l’enseignement avait pour objectif que chaque élève puisse étudier des mathématiques à son rythme, par exemple en formant des groupes dans lesquels on peut trouver des élèves de la seconde à la terminale.

Voici une autre phrase que je souhaiterais commenter :
« Il est désormais étendu au collège, avec notamment le développement des laboratoires de mathématiques. »
Malgré l’objet du mail, on parle peu de l’enseignement en collège. A priori, l’évolution est l’accès au laboratoire de Mathématiques. Il est minime, peut-être accessible dans les grandes villes. Pour réellement les développer aurait-il fallu lire en entier le rapport Villani-Torossian et rémunérer les intervenants dans ces laboratoires et leur libérer des heures. Faire des heures supplémentaires non rémunérées a ses limites et le travail hors classe des enseignants n’est pas extensible à l’infini. Nouvel extrait du rapport Villani-Torossian : « Il appartiendra au chef d’établissement d’installer officiellement le laboratoire de
mathématiques par une délibération du conseil d’administration, le dotant d’un lieu, de
moyens matériels et horaires ainsi que des indemnités pour missions particulières. Le chef
d’établissement doit jouer un rôle prépondérant en facilitant l’organisation du travail en
équipe [….] L’emploi du temps doit être construit par les équipes de direction avec l’obligation de
dégager du temps pour que l’équipe de mathématiques se réunisse facilement. »

Autre élément pour le collège, on trouve sur eduscol un nouveau guide sur la résolution de problèmes au collège. Les ressources pour préparer les cours au collège ne manquent pas. Nous manquons de temps pour réaliser des programmes très chargés, former les élèves à Geogebra, à Scratch et au tableur, tout en faisant une préparation au brevet dont le contenu de l’épreuve est éloigné désormais de la préparation à la seconde. De temps à la fois à consacrer à nos élèves en classe face à des classes trop chargées, très hétérogènes, avec des profils d’élèves à besoin particuliers trop variés. Mais aussi de temps supplémentaire chaque semaine pour les faire travailler. 3h30 par semaine de la 5e à la 3e, c’est peu, trop peu pour bien préparer la suite des études.

p.s L’APMEP et le SNES-FSU ont bien réagi face à cette propagande que l’on retrouve sur education.gouv.